Du plus profond de la tranchée
Nous élevons les mains vers vous
Seigneur ! Ayez pitié de Nous
Et de notre âme desséchée !
Car plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage.
Sur nous s’est abattu l’orage
Des eaux, de la flamme et du fer.
Vous nous voyez couverts de boue
Déchirés, hâves et rendus…
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu’on l’avoue ?
Nous sommes si privés d’espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.
Eclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L’angoisse des cœurs harassés :
Ah ! Rendez-nous l’enthousiasme !
Mais aux Morts qui ont tous été
Couchés dans la glaise et le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur ! Ils l’ont bien mérité.
Jean-Marc Bernard
(Juin 1915)
Comme annoncé, je vous présente le principal poème de Jean-Marc Bernard, composé dans les tranchées. Il est encore lu lors des commémorations.
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